Recréer un sol pour cultiver en ville : la méthode des lasagnes

J’ai le plaisir de vous présenter un projet sur lequel nous travaillons au sein de l’association Urbanescence sur les rails de la Petite Ceinture, dans le 13ème arrondissement de Paris. Créateurs de liens au service de la transition écologique et solidaire des villes, Urbanescence accompagne des initiatives participatives pro-biodiversité visant à reconnecter les citadins à la nature.

13’Infuz – Les tisanes de la Petite Ceinture

Ce projet, c’est d’abord une tisanerie : un endroit où l’on fait pousser des plantes aromatiques et médicinales pour y confectionner des infusions. L’idée est de proposer à la vente des tisanes saines et vertueuses à prix accessibles pour tous les publics, produites localement et sans pesticides, ainsi que des ateliers pour apprendre à faire pousser et transformer des plantes médicinales simples telles que la menthe poivrée, la mélisse, la sauge… Grâce à notre partenaire Sylki, nous allons également faire pousser du houblon tout le long des murs qui encadrent la parcelle.

13’Infuz est aussi un projet de reconnexion des citadins avec la nature qui pourront notamment profiter d’un parcours d’initiation à la biodiversité des villes. Ce projet se veut avant tout participatif : nous souhaitons impliquer toutes celles et tous ceux qui le souhaitent à la mise en place des aménagements du site. Notre partenariat avec le centre socio-culturel Maison 13 solidaire depuis la conception de ce projet nous permet d’impliquer les familles et les personnes habitant dans le quartier.

Le plan de 13’Infuz – Les tisanes de la Petite Ceinture © Urbanescence

Comment aménager des buttes de cultures : la problématique des sols urbains

13’Infuz est un projet particulièrement innovant, à la fois par sa fonction et sa localisation sur l’un des plus emblématiques chemins de fer d’Île-de-France. Mais si la Petite Ceinture est un lieu original pour mener une telle aventure, elle présente de sérieux défis en ce qui concerne le sol. Le site n’étant pas cultivable en l’état, nous avons dû nous interroger rapidement sur la façon de créer un substrat dans lequel nous pourrions cultiver. Cette étape est fondamentale dans la réussite du projet puisque la qualité du sol conditionne la réussite des plantations au printemps.

La parcelle avant le projet 13’Infuz © Urbanescence

La problématique du sol trop pauvre ou contaminé est souvent rencontrée en milieu urbain. Lorsqu’un projet d’agriculture urbaine est implanté sur un site dont le sol est inutilisable, il est fréquent que l’on retire la terre en place sur plusieurs dizaines de centimètres et que l’on apporte une nouvelle terre saine pour la remplacer. Nous avons choisi de ne pas passer par ce procédé certes simple, mais aussi très onéreux et discutable d’un point de vue environnemental. En effet, les terres végétales saines apportées en ville dans le cadre de ces projets proviennent de terres rurales : quelle est la pertinence d’aller prélever une terre agricole ou de forêt pour pouvoir cultiver en ville ?

Des lasagnes à cultiver

C’est pourquoi nous avons décidé de procéder à la technique des lasagnes. Cette méthode issue de la permaculture permet de recréer un sol sain et cultivable à partir de déchets végétaux prélevés sur place ou en circuit-court : moins de transports et moins de coûts ! On commence d’abord par délimiter les espaces de cultures et à disposer du carton sur le sol en place pour éviter que les adventices ne poussent dans notre futur substrat. Puis l’idée consiste à empiler alternativement des couches dites carbonées ou « déchets bruns » (écorce, paille, branchages, feuilles mortes…) et des couches dites azotées ou « déchets verts » (tonte fraîche, déchets de cuisine frais ou compostés, marc de café…). Les matériaux peuvent être choisis en fonction de la facilité et la proximité de la source d’approvisionnement. Au-dessus de ces lasagnes, une couche supplémentaire de paillage est ajoutée pour conserver la chaleur et l’humidité pour améliorer le processus de compostage qui va décomposer progressivement les matériaux et transformer ces buttes en substrat sain pour nos cultures.

Les couches carbonées sont deux fois plus épaisses que les couches azotée pour une meilleure décomposition

Pour nos couches carbonées, nous avons choisi d’utiliser du foin provenant d’Île-de-France. Grâce à notre partenariat avec Sylki, nous avons pu utiliser pour nos couches azotées des drêches de bières (les résidus du brassage de la bière) mélangées à du compost frais produit à proximité du site.

Confection des lasagnes à 13’Infuz © Urbanescence

 A l’issue de deux chantiers participatifs au mois de Décembre 2019, nous avons réussi à créer 10 buttes de cultures ! Les lasagnes font chacune 6,50 mètres de long et 1,40m de large. Après deux mois laissées au repos, elles se sont tassées et ont bien amorcé le processus de compostage. Grâce à un niveau installé à côté des buttes, nous avons pu constater qu’elles avaient déjà perdu la moitié de leur volume initial.

Deux mois après le chantier, les lasagnes sont déjà deux fois moins volumineuses © Urbanescence

Avant les plantations du printemps, les lasagnes ont encore le temps de composter davantage. Lorsque le risque de gel sera écarté, on pourra alors commencer les plantations directement dans les buttes en enlevant simplement la première couche de paillage pour accéder à une couche de compost. Les plants étant eux-mêmes en mottes, ils pourront se satisfaire du mélange compost/paille des lasagnes pour grandir durant l’été.

2 réflexions au sujet de « Recréer un sol pour cultiver en ville : la méthode des lasagnes »

  1. C’est juste la bonne idée! Par malchance, et « principe de précaution », elle n’est jamais mise en place. J’ai tenté d’aider plusieurs sites à procéder de la sorte, mais ai toujours subi ce combo bâche géotextile/terre « végétale », et même en apportant une expertise d’AgroParisTech, cela n’est jamais passé. Donc bravo! Je suis sûr que c’est une bonne façon de faire!

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