L’éco-pâturage : pourquoi et comment s’y mettre ?

Depuis le 1er janvier 2017, toutes les collectivités françaises ont dû renoncer à l’utilisation de pesticides pour entretenir leurs espaces verts. Si certaines s’y étaient préparées depuis plusieurs années, la règle du « zéro phyto » reste un bouleversement pour la plupart des services techniques qui doivent repenser leurs modes de gestion des espaces publics (cet article à lire sur le sujet). Dans ce contexte, l’éco-pâturage trouve toute sa place. Comme l’ont expérimenté certaines villes pionnières depuis les années 1980, faire pâturer du bétail dans les parcs et jardins s’est imposé comme l’un des moyens les plus économiques, écologiques et sympathiques de gérer les espaces verts. Près de 300 collectivités se sont converties à l’éco-pâturage entre 2000 et aujourd’hui : quels avantages y trouvent-elles, et comment le développer sur son territoire ?

Les raisons du succès de l’éco-pâturage

L’éco-pâturage est tout d’abord une solution idéale pour la tonte d’espaces verts vastes et comprenant des zones difficilement accessibles : un petit troupeau de moutons ou de chèvres s’en accommodera bien mieux que les équipes techniques à l’aide de leurs tondeuses. En termes de charge de travail et de confort, il faut ajouter que l’éco-pâturage permet d’éviter la production et l’évacuation de déchets verts, et qu’elle épargne aux équipes techniques et aux résidents le bruit des engins.

En ce qui concerne la préservation ou la restauration de la biodiversité locale, faire paître un troupeau présente aussi des qualités non négligeables. L’action des animaux permet d’endiguer le développement d’espèces envahissantes et à développement rapide, et de favoriser une plus grande hétérogénéité de la flore locale. L’éco-pâturage s’est par exemple révélé être un fabuleux outil contre le développement de la renouée du Japon, une espèce exotique qui a colonisé les espaces verts français et très difficile à maîtriser avec des moyens conventionnels. De plus, les déjections des animaux jouent un rôle fertilisant puissant et créent des micro-habitats précieux pour le développement de champignons notamment.

Enfin, l’une des raisons qui poussent les collectivités à adopter l’éco-pâturage se trouve dans les interactions sociales positives que ce mode de gestion provoque. Du côté des équipes techniques, avoir la charge d’un troupeau permet de développer de nouvelles compétences et de diversifier les tâches quotidiennes. Mais c’est surtout du côté des usagers que la magie opère : voir des animaux pâturer en pleine ville provoque beaucoup d’enthousiasme chez les habitants (petits et grands), et permet de développer une communication positive autour de la gestion des espaces verts. De nombreuses collectivités se font interpeller depuis la loi « zéro phyto » par des usagers qui considèrent que les trottoirs enherbés et les prairies non fauchées « ne font pas propre », « sont mal entretenus »… Développer l’éco-pâturage est un excellent moyen de rétablir une communication positive et constructive sur l’évolution des pratiques de gestion des espaces verts.

Prendre en compte les caractéristiques du territoire et le degré d’investissement souhaité

La mise en place de l’éco-pâturage sur un territoire ne peut se passer d’un suivi par un professionnel du domaine. Il existe aujourd’hui une vingtaine d’éleveurs et d’associations proposant leurs services pour accompagner les collectivités dans leur démarche.

Le choix du nombre et des espèces à adopter sur son territoire va dépendre de plusieurs facteurs :

  • La situation géographique et les conditions climatiques : on privilégiera dans tous les cas des espèces rustiques. Qu’il s’agisse d’ovins, de caprins, de bovins ou d’équidés, les espèces seront choisies pour leur autonomie, leur résistance aux températures extérieures et leur capacité à s’adapter à la quantité de nourriture disponible pour permettre une charge d’entretien moindre. Mais on compte de très nombreuses espèces rustiques, et une attention particulière devra être portée sur la pertinence de l’origine de l’espèce et le respect du biotope : on s’installera pas des chèvres de Lorraine dans le sud de la France…
  • Les types d’espaces publics à entretenir : s’il s’agit uniquement de faire de la tonte de pelouse, à peu près toutes les espèces pourront faire l’affaire. Mais si l’éco-pâturage concerne des friches, des prairies, des vergers ou des berges, il est nécessaire de faire un diagnostic attentif avec le professionnel accompagnant pour qu’il puisse déterminer quelle espèce sera la plus à même de répondre à ces besoins sans risque de dégradation des espaces et des ressources naturelles.
  •  Les surfaces disponibles pour le pâturage : dans le même temps le professionnel conseillera, selon la surface totale disponible pour le bétail, combien d’individus composeront le troupeau. Si la surface est très réduite, on pourra troquer les brebis, chèvres, ânes ou vaches contre quelques oies ou canards.

Une fois tous ces éléments déterminés, plusieurs formules économiques pourront être envisagées. Le meilleur retour sur investissement reste l’achat d’un troupeau : à titre indicatif, l’achat de 12 moutons et les soins associés reviennent au bout de 10 ans à environ 2 000€, là où un mode gestion classique de tonte ou de fauche mécanique pour la même période avoisine les 10 000€ (en comptant le matériel, l’essence, le temps de travail…). Si la collectivité achète son propre troupeau, elle devra s’assurer que plusieurs agents seront bien formés au suivi des animaux et en capacité de leur administrer les soins nécessaires.

La plupart des collectivités préfèrent passer par une phase-test durant laquelle elles louent un troupeau à une association ou une entreprise spécialisée qui assure l’installation et le suivi sanitaire des animaux. Il est également possible de déléguer intégralement la prestation à ces structures, moyennant un coût plus élevé.

Quelques points de vigilance

Installer des animaux sur l’espace public n’est pas anodin : il est primordial de s’assurer avant tout de leur bon traitement et de la qualité de leurs conditions de vie. Cela passe par la délimitation d’espaces dédiés au troupeau qui doit pouvoir être libre de se situer hors de portée des usagers si besoin. Les réactions des adultes et des enfants peuvent être imprévisibles, et il ne s’agit pas de générer du stress chez ces animaux.

Au-delà de l’interdiction d’utilisation de produits phytosanitaires sur les espaces verts, une attention particulière devra être portée sur la limitation des médicaments administrés aux animaux. Les substances contenues dans ces médicaments se retrouveraient dans le sol, l’eau et la flore des parcelles pâturées via les déjections des animaux. Hormis les vaccins, aucun traitement préventif ne doit être donné au troupeau. Lors des périodes de soins nécessaires, il est plus prudent de ne pas laisser les animaux concernés pâturer n’importe où durant la durée du traitement.

Enfin, il est primordial d’observer l’évolution du troupeau sur le territoire. Il est toujours possible de réajuster la formule choisie : faut-il ajouter des individus pour couvrir la surface souhaitée ? Ou faut-il au contraire restreindre le nombre d’animaux, s’ils semblent ne pas avoir suffisamment de pâtures ? S’engager dans une démarche d’éco-pâturage demande un temps d’adaptation et de surveillance nécessaire à la suite du processus. Une fois la première saison passée en compagnie des troupeaux, les collectivités sont en général très au clair sur les ajustements à apporter et inscrivent de façon plus tranquille et pérenne ce nouveau mode de gestion dans leurs pratiques.

 

 

 

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2 réflexions au sujet de « L’éco-pâturage : pourquoi et comment s’y mettre ? »

  1. Pour les zones rurales en reprise de friches c’est aussi une stratégie de développement et de maintien d’espaces vert, de clairières….je suis en Sologne des étangs avec un troupeau de 40 brebis solognotes qui apprécient les lierres, genêts et les premières pousses des ronciers !
    Sympa votre article

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