« Qu’est-ce qu’on attend ? » : la recette d’une transition écologique réussie

Qu’est-ce qu’on attend ? est un documentaire sorti en salles le 23 novembre dernier, réalisé par la talentueuse et engagée Marie-Monique Robin (Le Monde selon Monsanto, Sacrée croissance !). Ce film restitue l’enquête menée par la réalisatrice dans la commune d’Ungersheim, en Haut-Rhin, qui attire et intrigue par son innovation : cette commune de 2 200 habitants est un modèle de territoire ayant réussi sa transition écologique et énergétique. Un cas d’école qui méritait bien ses deux heures de film dont on sort reboosté et plein de volonté !

Des villes en transition, pour quoi faire ?

Rob Hopkins, enseignant britannique en permaculture, est aujourd’hui connu non seulement des professionnels de l’écologie mais également du grand public, tant le mouvement des Villes en transition dont il est à l’origine s’est développé. Parti d’une expérimentation menée avec ses élèves du cours de soutenabilité appliquée de l’université de Kinsale (Irlande), ce mouvement met en pratique les principes de résilience et de sobriété énergétique pour sortir de notre dépendance des énergies fossiles. Ce sont aujourd’hui 460 territoires qui ont adopté ce modèle.

Le constat est simple : nos modes de vie nous rendent extrêmement vulnérables à la l’épuisement des réserves de pétrole et aux dérèglements climatiques. L’objectif est donc de repenser nos façons de produire, de consommer et de vivre ensemble pour développer un nouveau modèle adapté à l’époque qui se dessine. Plus facile à dire qu’à faire ? Et bien justement non, les solutions sont déjà là et il suffit de s’en emparer : c’est ce que nous enseigne les protagonistes du documentaire Qu’est-ce qu’on attend ?.

Du pragmatisme avant tout

Alors que l’on voit des artisans d’Ungersheim renforcer l’isolation d’un bâtiment éco-conçu avec de la paille, l’un d’eux se défend de prôner un retour dans le passé : « On n’est pas des écolos avec leurs maisons en paille… On est écolos, c’est de la paille, mais de la paille high-tech ! ». Cette scène résume très bien le message du film : face aux absurdités auxquelles nous ont menés nos modes de consommation, aidons-nous des nouvelles technologies (notamment des énergies renouvelables), mais piochons également dans les solutions qui existent déjà et que nous avons oubliées ou délaissées.

Ungersheim est entourée de terres agricoles dont les produits n’alimentent pas les habitants de la région, mais sont exportés dans le reste de la France ou de l’Europe. Et les résidents de la commune, eux, achètent des produits provenant des quatre coins du monde. Et bien la réponse apportée est simple : privilégier les cultures locales et l’économie circulaire, entretenues écologiquement et vendues à proximité du lieu de production. Et, en parallèle, Ungersheim investit dans l’énergie solaire et l’éolien pour entamer la transition énergétique du territoire. L’artisanal et le technologique peuvent bien sûr cohabiter et se compléter.

Un modèle bien pensé, qui nécessite de réfléchir sur le temps long et qui peut mettre du temps à se concrétiser. Et la qualité du film réside aussi dans ce parti pris de la réalisatrice d’étendre son tournage sur une année : on voit les projets évoluer, la théorie devenir pratique. Contrairement aux nombreux reportages qui dépeignent les innovations environnementales une fois qu’elles sont mises en place, le documentaire de Marie-Monique Robin a le mérite de montrer la construction des projets. Loin de paraître insurmontables, les efforts déployés pour mettre en œuvre les solutions de la transition écologique deviennent bien réelles et, surtout, reproductibles !

Transformer les volontés individuelles en effort collectif

L’autre belle leçon de ce film, c’est que la transition s’appuie surtout sur la synergie des acteurs du territoire. Un ancien vétérinaire écœuré du mauvais traitement des animaux devient agriculteur et s’aide de Richelieu, cheval-mascotte du village qui, lorsqu’il n’emmène pas les enfants à l’école, tracte l’arracheuse de pommes de terre. Deux boulangers fatigués du diktat des semenciers décident de cultiver leurs propres semences anciennes et locales. Un couple décidé à investir dans l’immobilier, mais pas n’importe lequel : un éco-hameau à énergie positive. Et bien sûr, le maire emblématique du village, Jean-Claude Mensch qui par ses convictions et son enthousiasme hors-normes, porte les habitants vers une transition bénéfique à tous.

La rencontre d’une volonté politique et de citoyens convaincus : c’est ça, la recette Ungersheim. Et économique, qui plus est, puisque depuis 2005 la commune n’a pas augmenté les impôts locaux, et a en plus économisé 120 000 euros et créé plus de 100 emplois sous l’effet de la transition.

« Qu’est-ce qu’on attend ? », c’est effectivement la question que l’on se pose en sortant du cinéma. Je vous invite à regarder la bande-annonce de ce film, qu’il est encore possible d’aller voir dans quelques salles !

 

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Une réflexion au sujet de « « Qu’est-ce qu’on attend ? » : la recette d’une transition écologique réussie »

  1. Article très intéressant qui donne envie de voir ce film.
    Les initiatives locales commencent à être mises à jour ce qui est une bonne chose. La mutualusation et l’exemple devraient suivre

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