L’Agrocité : une ferme urbaine exemplaire

L’Agrocité : une ferme urbaine exemplaire

Premier article oblige, je vais commencer par vous présenter un projet qui est pour moi un modèle tant par son audace que par l’engagement de ceux qui le soutiennent. L’Agrocité, installée à Colombes (Hauts-de-Seine), est à la fois une ferme urbaine, un espace de vie collaboratif et un lieu d’apprentissage. Il s’agit certainement de l’une des formes les plus abouties de projet socio-écologique en ville. Et il se trouve que ce bel espace risque d’être remplacé par… un parking. Oui, on dirait un peu une caricature, je suis d’accord. Alors comment en est-on arrivé là, et de quoi s’agit-il exactement ?

Petite histoire d’un grand projet

J’ai connu l’Agrocité alors que je travaillais pour l’association Noé. J’aurai l’occasion de vous parler de mon aventure avec Noé plus en détails dans un prochain article, mais disons seulement que j’ai participé à la création de leur Observatoire Socio-Écologique de la Biodiversité Urbaine. C’est un programme qui repère les meilleures innovations citoyennes en faveur de la biodiversité en ville et qui les accompagne pour en tirer le meilleur. Et naturellement, mes recherches pour l’Observatoire m’ont menée vers l’Agrocité !

Tout commence en 2008 lorsque quelques amis repèrent en plein centre de Colombes un vaste terrain municipal inoccupé et décident d’en faire un espace dédié aux habitants du quartier. Avec l’aide de l’Atelier d’Architecture Autogérée (AAA), qui imagine un projet alliant ferme urbaine et espace de recyclage, ils obtiennent de la mairie la mise à disposition des 3000 m² de la parcelle. Grâce à l’obtention d’une subvention européenne, ils commencent l’aménagement de ce qui va devenir l’Agrocité.

Alors qu’est-ce qu’on y trouve, justement ? Quand j’y suis allée pour la première fois, j’ai d’abord été impressionnée par le grand bâtiment en bois qui surplombe le terrain pour vous accueillir. À l’intérieur ça bouge, des tas de gens s’affairent pour préparer la tambouille de la cantine associative, d’autres achètent des légumes produits sur place, on vous propose de vous asseoir pour discuter ou boire un café tout en vous mettant à disposition des photos des étapes successives du projet. Mais c’est surtout en mettant un pied à l’extérieur qu’on découvre l’immense terrain de jeux : un jardin solidaire avec une quarantaine de parcelles familiales pour les habitants du quartier, un espace pédagogique avec des ateliers de découverte et de sensibilisation au jardinage écologique, un lombric-compost, un poulailler, et même un espace d’expérimentation pour s’initier à la permaculture. La biodiversité est la bienvenue aussi, on laisse les plantes spontanées pousser et on les accompagne d’un hôtel à insectes pour favoriser la vie dans le jardin. Un petit paradis urbain, on vous dit !

L’autonomie alimentaire et matérielle, c’est possible quand on habite en ville ?

La première personne que j’ai rencontrée à l’Agrocité, c’est Benoît Wulveryck. Il faisait partie des copains qui ont découvert la parcelle et qui ont lancé cette belle idée. Dès le départ, l’objectif était de produire ses légumes écologiquement, de trouver une alternative à l’alimentation de grande distribution et de privilégier les circuits courts. Le terrain se situe dans un quartier populaire et il était important de relayer la production agricole (3 tonnes de légumes par an !) par la mise en place d’ateliers de cuisine et un vrai travail de réappropriation du vert par le goût et le plaisir. Et le défi est largement relevé, puisque d’après Benoît ce sont près de 100 personnes qui passent par ici toutes les semaines pour participer, entretenir les potagers, acheter des légumes en vente directe et apporter leur pierre à l’édifice.

Face au succès auprès des habitants du quartier et pour compléter ce vaste projet d’agriculture urbaine, Benoît crée en 2013 l’Ecole du compost avec un ami. Cette association propose des formations en compostage et lombricompostage et encourage à une meilleure gestion des biodéchets par les particuliers et les professionnels. Tous les ans, ce sont 12 tonnes de déchets qui sont récupérées sur le site de l’Agrocité, notamment à partir des contributions des habitants du quartier, et converties en un engrais qui alimente les potagers du terrain.

Là on peut vraiment parler de circuit court !

Et ils ne s’arrêtent pas là. En plus de la réutilisation des déchets organiques, l’Atelier d’Architecture Autogérée a conçu un espace de recyclage et de transformation de tous types de matériaux. Nommé RecycLab, c’est un projet connexe à l’Agrocité qui marche comme une ressourcerie et qui comprend un atelier avec des machines de pro pour créer ses propres éco-constructions, et un espace coworking pour ceux qui aiment baigner dans l’ambiance du lieu. L’objectif est de permettre à tous le réemploi d’objets qui peuvent connaître une deuxième vie au lieu de passer à la décharge. Ensemble, l’Agrocité et le RecycLab forment la démarche R-Urban : les deux unités sont complémentaires et proposent une véritable alternative pour ceux qui souhaitent mieux maîtriser les impacts environnementaux et sociaux de leurs modes de vie.

Rebondissement politique ou le début des ennuis

Sauf qu’en 2014, voilà les élections municipales. Et la nouvelle patronne de Colombes ne voit pas d’un très bon œil toute cette agitation en plein centre-ville. Dès le mois de juin 2014, la mairie demande aux occupants de l’Agrocité de bien vouloir planter ses courgettes ailleurs. Comme les habitants du quartier font de la résistance et refusent de déplacer le projet sans une bonne raison (et on les comprend), la maire demande officiellement de libérer l’espace pour permettre l’aménagement d’un parking temporaire. Remplacer un projet écologiquement et socialement viable par un projet énergivore et destiné à la destruction à peine installé, c’est un peu gênant. L’Agrocité ne compte sûrement pas en rester là.

Alors où en est-on aujourd’hui ? En décembre 2015, une décision de justice a tranché : les occupants de la parcelle devaient quitter les lieux dans les deux mois. Ce qu’ils n’ont pas fait. Ce qu’ils ont fait en revanche, c’est un recours auprès du Conseil d’Etat en comptant sur le moratoire de 6 mois accordé par le préfet. Pour mener cette bataille juridique et payer les 50 euros d’amende par jour imposés depuis le 1er mars 2016, l’Agrocité a lancé une campagne de collecte de fonds sur Ulule et CitizenCase. L’info a été relayée par les médias, y compris France 2, le Huffington Post, le New York Times, etc. Mais rien ne semble faire reculer la mairie.

Pourquoi conserver l’Agrocité est important

L’Agrocité, c’est un projet novateur et surtout nécessaire.

D’abord parce agrocite-atelierque ça participe à ce que certains appellent la résilience urbaine : dans un contexte de crises alimentaires, économiques, écologiques, il faut proposer des alternatives aux citadins pour aller vers l’auto-suffisance et la sobriété énergétique. Permettre de cultiver ses légumes ou de les acheter directement aux producteurs pour éviter d’aller vers la grande distribution où tout est bien plus cher (sans même parler du Bio), c’est bon pour la santé de ceux qui les mangent, pour limiter la déperdition énergétique du transport et pour les sous de tout le monde.

Mais comme je le disais plus haut, il ne s’agit pas que d’agriculture urbaine puisque l’Agrocité organise des ateliers et des activités qui participent à la cohésion sociale. Dans un quartier mixte comme celui-ci, où les grandes tours côtoient les pavillons individuels un peu plus loin, c’est bien nécessaire de créer un espace de rencontre et de mixité sociale. Et comme c’est ouvert au public, pas d’excuse !

J’ai beaucoup parlé du volet environnemental et du volet social, qui me tiennent le plus à cœur. Mais j’en ajouterai un tout aussi important : il ne faut pas oublier que l’Agrocité, c’est un projet viable économiquement. L’entretien du site et l’achat d’outils ne nécessitent qu’un budget de 400 euros mensuels, couvert par les ventes de légumes et la cantine associative. Autonomie totale, donc ! Et c’est grâce au mode de gouvernance qui a été adopté dès le début du projet par les occupants : l’Atelier d’Architecture Autogérée a d’abord pris en charge les affaires quotidiennes, mais a laissé petit à petit la place à l’auto-gestion par les habitants de Colombes.

L’Agrocité traverse une période charnière à présent. Si vous êtes aussi convaincus que moi de la nécessité de garder ce projet, n’hésitez pas à donner un peu de sous pour les encourager, et aussi signer la pétition qui est en ligne sur Change.org !

J’espère que ce premier article vous a plu. Abonnez-vous pour recevoir mes prochains articles par mail, et laissez un petit commentaire pour me donner votre avis !

 

Crédits photo : Noé, AAA

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